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Acouphènes 耳鸣 : point de vue de la médecine chinoise et perspectives de soins en acupuncture.

  • Photo du rédacteur: Simon Richard
    Simon Richard
  • 6 mars
  • 4 min de lecture

Introduction :


Les acouphènes correspondent à une perception auditive anormale, bourdonnements, sifflements ou tintements, qui survient en l’absence de tout son extérieur.

Ce trouble peut se manifester de façon plus ou moins aiguë et devenir, dans certains cas, particulièrement handicapant dans la vie quotidienne.

La médecine occidentale dispose encore de peu de solutions pour traiter les acouphènes. Pour cette raison, ils constituent un motif relativement fréquent de consultation en acupuncture. À titre personnel, j’ai eu l’occasion d’en recevoir plusieurs cas en cabinet à Bordeaux.

On distingue deux types d’acouphènes : les acouphènes objectifs, qui sont rares et qui constitues environ 5 % des cas. Ils sont liés à un bruit réel produit par l’organisme. les acouphènes subjectifs, beaucoup plus fréquents constituent environ 95 % des cas, qui ne sont perçus que par la personne qui en souffre et sans source sonore identifiable.


point de vue de la médecine chinoise :


La médecine chinoise désigne sous le terme 耳鸣 (ěr míng), littéralement “bruit de l’oreille”, ce que la médecine occidentale appelle les acouphènes. Comme pour la plupart des manifestations cliniques décrites par la médecine chinoise, ěr míng 耳鸣 ne correspond pas à une maladie unique, mais à un symptôme pouvant résulter de plusieurs processus pathologiques sous-jacents. C’est pourquoi, l’identification précise de la causes constitue l’élément déterminant dans l’orientation général du traitement.

En médecine chinoise, les acouphènes peuvent être schématiquement distingués en deux grandes catégories : les acouphènes de type vide et ceux de type plénitude.

Dans le premier cas, le Ling Shu nous éclaire de la manière suivante :

“Huangdi demanda : Quel souffle provoque des acouphènes chez l’homme ? Qibo répondit : Les oreilles, c’est le lieu de rassemblement des vaisseaux (zongmai), C’est pourquoi, si l’estomac est vide (kong) à l’intérieur, le rassemblement des vaisseaux (zongmai) est vide (xu). Lorsqu’il est vide [le souffle] s’écoule vers le bas et les méridiens qui y circulent (Humai) sont épuisés ; c’est pourquoi on a des acouphènes.” Chapitre 28

Dans cette situation, le trouble provient d’une déficience du système digestif, qui ne produit plus correctement le qi et le sang. Il en résulte un épuisement des vaisseaux, et le souffle ne peut plus s’élever convenablement vers les oreilles, lesquelles constituent le lieu de rassemblement des vaisseaux.

Concernant le type plénitude, Peng Ziyi décrit le mécanisme de la manière suivante :

“[A propos du mouvement Bois], quand la fonction de dispersion et de drainage (疏泄) est excessive, elle provoque des désordres tels que transpiration spontanée, mictions abondantes, pertes séminales, fièvre, vertiges, acouphènes, pertes blanches chez la femme et menstruations précoces.”

Dans ce cas, l’étiologie relève plutôt d’une situation de plénitude, souvent associée à une forme d’inflammation ou d’hyperactivité fonctionnelle. La distinction entre ces deux types d’acouphènes (vide ou plénitude) se fera grâce aux éléments de différenciation clinique, tels que l’examen du pouls, l’observation du teint, la palpation des vaisseaux ou encore l’ensemble des signes associés.


approche en pharmacopée :


En pharmacopée chinoise, les acouphènes de type vide peuvent bénéficier de certaines modifications de Gui Zhi Tang. On peut par exemple envisager une combinaison telle que :

Gui Zhi Tang + Huang Qi + Chuan Xiong + Ge Gen. (Huang Huang)

Selon la présentation clinique, il est également possible d’utiliser Gui Zhi Jia Ge Gen Tang, voire Ge Gen Tang dans certains cas. Ces formules permettent à la fois de renforcer le centre et de favoriser le mouvement d’élévation vers les oreilles.

Dans les tableaux de plénitude, Xiao Chai Hu Tang constitue souvent une base de référence, qui devra être ajustée et modifiée en fonction des modalités d’expression du trouble chez le patient.


approche en acupuncture :


En acupuncture, le traitement peut associer une approche locale, orientée vers les symptômes, et une approche distale à visée plus systémique, destinée à agir sur les mécanismes circulatoires impliqués dans l’apparition des acouphènes.

“Dans les acouphènes, on traite les vaisseaux battant en avant de l’oreille. “ - ling shu 24

Ce passage suggère l’utilisation de points locaux situés dans la région pré-auriculaire, en lien avec les vaisseaux qui irriguent l’oreille.

“ Dans les acouphènes, on traite près de l’ongle du médius et du troisième orteille. Pour [l’oreille] gauche on traite à droite, pour [l’oreille] droite on traite à gauche. On traite d’abord la main et ensuite le pied.” lingshu ch. 28

Ce traitement semble s’adresser plus particulièrement aux acouphènes de type plénitude, en mobilisant les dynamiques des axes Jueyin et Shaoyang / Yangming.

“On tonifie le [point] kezhuren (3VB) et le [point] qui se situe au-dessus de l’ongle du pouce de la main à la frontière de la chair.” ling shu 28

Ce passage concerne plutôt les acouphènes de type vide, en faisant intervenir le point jing (puits) du Taiyin de main. Dans cette perspective, le Poumon, qui gouverne les cent vaisseaux, constitue un choix particulièrement pertinent lorsqu’il s’agit de traiter l’épuisement des vaisseaux. Les points jing peuvent en effet être utilisés pour tonifier un manque de souffle.

“Lorsque la maladie se situe dans les vaisseaux, il y a un manque de souffle et il faut tonifier ; on traite avec l’aiguille à tête de flèche (dizhen) les [points] jing (puits) et ying et la zone du [point] shu (fenshu). chapitre 7 “

Il convient de rappeler qu’il ne s’agit ici que de pistes théorique, qui devront être adaptées aux particularités cliniques de chaque patient rencontré en cabinet.

Par exemple, l’examen du pouls ou la palpation pourra orienter le praticien vers un travail plus approfondi le long des vaisseaux axiaux Shaoyang et Jueyin, ou encore justifier la puncture de points shu situés sur d’autres trajets selon le schéma observé.

 
 
 

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