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Intestin irritable (colopathies fonctionnelles), quelles approches en acupuncture et en pharmacopée ?

  • Photo du rédacteur: Simon Richard
    Simon Richard
  • 27 févr.
  • 4 min de lecture

Introduction


Le syndrome de l’intestin irritable est un trouble digestif qui touche un grand nombre de personnes en France et constitue un motif très fréquent de consultation, y compris en médecine chinoise. À Bordeaux, je reçois régulièrement des patients concernés par ce type de problématique, pour lesquels l’acupuncture et la pharmacopée peuvent s’avérer précieuses dans l’accompagnement des symptômes du SCI.

Parce qu’il s’agit d’un trouble dit « fonctionnel », il reste souvent sans traitement spécifique en médecine occidentale, notamment lorsqu’aucune lésion organique n’est mise en évidence à l’imagerie ou aux examens complémentaires.

Pourtant, les symptômes, eux, sont bien réels :

ballonnements, sensation de gonflement abdominal, diarrhée, constipation ou parfois alternance des deux, gêne chronique, inconfort digestif persistant…


Point de vue de la médecine chinoise


S’intéressant avant tout aux processus circulatoires qui président à l’émergence de la maladie, la médecine chinoise s’est depuis toujours attachée à la prise en charge des troubles dits « fonctionnels », qu’elle interprète selon sa propre grille de lecture et à l’aide d’une terminologie spécifique.

Il n’existe pas d’équivalent strict au syndrome de l’intestin irritable dans la nosologie classique, mais plusieurs tableaux cliniques recoupent les symptômes fréquemment observés dans ce trouble.

Que l’on ait recours à la pharmacopée ou à l’acupuncture, la stratégie thérapeutique devra tenir compte de l’ensemble des informations recueillies lors de l’anamnèse, ainsi que des données issues de la palpation (pouls, exploration des jing mai 经脉, examen abdominal, appréciation de la qualité tissulaire.

Il est essentiel de garder à l’esprit que, si le terme « côlon irritable » désigne un type de trouble défini, son expression clinique peut varier considérablement d’un individu à l’autre. Chaque patient présente une configuration particulière qu’il convient d’identifier avec précision afin d’adapter le soin.


stratégie en pharmacopée

De nombreuses formules peuvent être envisagées compte tenu de la grande variété de symptômes exprimés dans le cadre du syndrome de l’intestin irritable.

Dans les tableaux relevant du Taiyin, des formules comme Li Zhong Tang, Si Ni Tang ou Ling Gui Zhu Gan Tang peuvent être indiquées lorsque le syndrome est lié à une déficience de l’aspect Yang, c’est-à-dire de la dimension fonctionnelle et dynamique de l’organisme. Ce type de configuration correspond fréquemment aux SCI à prédominance diarrhéique, notamment lorsqu’un froid interne est présent.

Dans les tableaux de type Shaoyang, Xiao Chai Hu Tang, Chai Hu Gui Zhi Tang ou différentes modifications construites sur la base de Xiao Chai Hu Tang constituent des pistes intéressantes, en particulier dans les formes marquées par une alternance des symptômes. On retrouve alors des douleurs costales, une sensation d’oppression thoracique ainsi que des troubles émotionnels associés. Ce profil correspond particulièrement bien aux SCI déclenchés ou aggravés par le stress.

Dans les configurations plus complexes de type Jueyin, une base de Wu Mei Wan peut s’avérer pertinente lorsqu’il existe une intrication de chaud et de froid, avec des manifestations digestives instables et des douleurs spasmodiques.

D’un point de vue dynamique, le syndrome de l’intestin irritable correspond le plus souvent à un trouble des mouvements de montée et de descente du centre (Taiyin), fréquemment aggravé par un pivot Shaoyang instable, et parfois compliqué d’une accumulation d’eau interne.

Stratégie en acupuncture

En acupuncture, une attention particulière doit être accordée à la palpation des vaisseaux axiaux du Taiyin de pied (足太阴脾经), notamment le long de la chaîne myofasciale médiale de la jambe, ainsi qu’à ceux du Yangming de pied (足阳明胃经), dont une partie chemine sur la chaîne myofasciale antéro-latérale. Une exploration attentive de leurs régions de transport Shu (输穴, Shū Xué) complète cet examen palpatoire.

La qualité tissulaire le long de ces trajets (zones d’affaissement, de tension ou de fixité) oriente directement la stratégie thérapeutique. Le moxa peut être utilisé lorsque les tissus apparaissent affaissés, conformément aux indications du Ling Shu (chapitre 10), qui insiste sur la nécessité de réchauffer et soutenir lorsque les chairs, intimement liées au bon fonctionnement du système digestifs, perdent en tonicité.

Si un traitement distal, à visée systémique, est généralement privilégié, il peut être complété par un travail local de la région abdominale, tel qu’il est décrit au chapitre 26 du Ling Shu en cas de douleur abdominale :

« Dans les douleurs abdominales, on puncture les vaisseaux qui battent à droite et à gauche du nombril. Après avoir puncturé, on appuie avec la main et les douleurs cessent immédiatement. Si elles ne cessent pas, on puncture le point Qijie (气街, Qì Jiē, 30E) et, après avoir puncturé, on appuie dessus ; les douleurs cesseront immédiatement. »

La région de Zú Sān Lǐ (足三里, Zú Sān Lǐ) proche du genou et de la crète tibial antérieur, constitue dans tous les cas un repère anatomique et fonctionnel de première importance dans le traitement de ce type de trouble digestif. Le Ling Shu (chapitre 20) précise :

« Lorsque le pervers se situe dans la Rate et l’Estomac, il y a douleurs musculaires. Si le souffle yang est en excès et le souffle yin insuffisant, il y a chaleur au centre et fringales fréquentes ; si le souffle yang est insuffisant et le souffle yin en excès, il y a froid au centre, borborygmes et douleurs abdominales. Si le yin et le yang sont tous deux en excès ou tous deux en insuffisance, il y a à la fois froid et chaleur. Dans tous ces cas, on harmonise avec le point Sanli (36E). »

Ainsi, le traitement en acupuncture vise à restaurer la dynamique fonctionnelle du centre, à harmoniser le Yin et le Yang et à rétablir une circulation fluide le long des axes Taiyin et Yangming, dont dépend en grande partie l’équilibre digestif.

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