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La toux 咳嗽 en Acupuncture : du symptôme au processus sous-jacent

  • Photo du rédacteur: Simon Richard
    Simon Richard
  • 10 févr.
  • 5 min de lecture

Que ce soit dans ma pratique personnelle à Bordeaux ou dans d'autres contextes de soin, la toux constitue un motif fréquent de consultation en acupuncture. Elle représente en effet un symptôme récurrent, commun à une grande diversité de tableaux clinique.

Le présent article se propose de présenter les principaux axes thérapeutiques mobilisés en médecine chinoise pour la prise en charge de la toux, en mettant en évidence la pluralité des syndromes auxquels ce symptôme peut renvoyer.


Cadre théorique


En préambule, il convient de rappeler que la médecine chinoise repose sur un ensemble de principes théoriques fondamentaux. Parmi eux, le yin-yang occupent une place première, tant du point de vue de leur primauté conceptuelle que de leur portée explicative.

En tant que principes complémentaires primordiaux (passif et actif, terre et ciel, contraction et expansion etc.) ils englobent et président à l’ensemble des possibles, incluant le champ médical qui nous intéresse ici. En médecine chinoise aucun symptôme, aucun trouble fonctionnel ou désordre pathologique ne saurait donc être pensé en dehors de cette polarité fondamentale. Ainsi, toute symptomatologie doit, d’une manière ou d’une autre, être rapportée à un déséquilibre du yin et du yang.


Dans la nosologie de la médecine chinoise, la toux est classée parmi les manifestations de Qi ni (气逆), terme désignant une inversion du mouvement physiologique normal du Qi, c’est-à-dire une circulation qui s’opère à contre-sens.

Ainsi, la toux correspond à un Qi ni du Poumon, de la même manière que les vomissements participent d’un Qi ni de l’Estomac.

Sur le plan physiopathologique, ce Qi ni peut relever de différentes processus :

  • Plénitude ou déficience, selon qu’il résulte d’un excès ou d’une insuffisance, qu’il s’agisse de l’aspect fonctionnel (yang) ou de l’aspect organique-substantiel (yin) ;

  • Atteinte interne ou externe, l’atteinte externe relevant du yang, l’atteinte interne du yin.


Étiologies principales


D’un point de vue étiologique, et en des termes plus spécialisés, on peut dire que la toux correspond le plus souvent à un Qi ni impliquant le Poumon et l’Estomac. Une cause fréquemment rencontrée est l’humidité de la Rate , laquelle entrave le mouvement de descente de l’Estomac, provoquant une remontée pathologique qui perturbe à son tour la fonction de descente du Poumon.

On rencontre également des toux liées à une déficience de yin, dans lesquelles le feu du Cœur et ou feu de la Vésicule biliaire feu de la Vésicule biliaire “agressent” le Poumon. Ces tableaux se caractérisent généralement par des signes de chaleur :

teint rouge, toux sèche, douleurs, irritabilité, transpiration, soif de boissons fraîches, insomnie, agitation ou nervosité. Elles incluent ce que la médecine occidentale appelle la toux nerveuse ou psychogene.

Enfin, la toux peut être causé par une atteinte de type externe. Dans ce cas elle sera associée à des signes tels que : fièvre, frissons, courbatures, dyspnée, pouls superficiel, traduisant l’agression d’un facteur pathogène externe.

En définitive, la toux peut être comprise selon quatre grandes polarités :

  • de nature chaude (yang) ou de nature froide (yin),

  • de type interne (yin) ou de type externe (yang).

C’est à partir de cette grille de lecture fondamentale que s’élaborent le diagnostic différentiel et la stratégie thérapeutique en médecine chinoise.

En pharmacopée


Atteinte externe yang


Une fois établie l’origine externe de la toux, il convient d’en préciser la nature selon la polarité yin–yang, notamment en distinguant s’il s’agit d’un tableau de froid ou de chaleur ou d’une intrication de ces deux agents.

Dans tous les cas, les substances de saveur piquante occupent une place centrale dans la stratégie thérapeutique, en raison de leur action centrifuge, favorisant la dispersion du facteur pathogène et son élimination par la sudation.

Selon la nature du syndrome, ces substances seront associées à des produits rafraîchissants lorsque la pathologie relève de la chaleur, ou à des produits réchauffants lorsqu’elle relève du froid.

La saveur acide pourra également être mobilisée afin de préserver les liquides organiques, tandis que la saveur amère permettra, si necessaire, de consolider l’aspect yin et de contenir les excès de chaleur ou d’agitation interne.

la saveur douce sera fréquemment employé pour ses caractéristique de soutient du système digestif, lequel nécessite une attention particulière dans ce genre de situation.

Dans ce cadre, des formules classiques telles que Ma Huang Tang, Xiao Qing Long Tang, Xiao Chai Hu Tang et Ma Xing Shi Gan Tang sont traditionnellement employées.

Parmi celles-ci, Ma Huang Tang et Xiao Qing Long Tang s’adressent principalement aux tableaux à prédominance de froid, tandis que Xiao Chai Hu Tang et Ma Xing Shi Gan Tang sont indiquées dans des tableaux où la chaleur est dominante.


Atteinte interne de nature yin


Dans les tableaux relevant d’une atteinte interne de nature yin, l’orientation thérapeutique privilégiera des formules visant à éliminer les facteurs pathogènes internes, en particulier l’humidité (shī 湿) ou l’eau pathogène (shuǐ yǐn 水饮) du système digestif, lorsque celui-ci constitue le foyer causal de la toux, comme exposé précédemment.

Dans ce contexte, on pourra recourir à des formules telles que Ling Gan Wu Wei Xi Xin Tang, Ping Wei San, Li Zhong Wan ou Ling Gui Zhu Gan Tang.

Lorsque le Shaoyin est également impliqué, une formule comme Wu Zhu Yu Si Ni Tang pourra être envisagée.

Dans des situations relevant davantage d’un vide de yin, se rapprochant de ce que la médecine occidentale décrit comme une toux fonctionnelle ou nerveuse, on pourra s’orienter vers une formule du type Xie Bai San, laquelle sera ensuite adaptée en fonction de la diversité des tableaux cliniques.


En acupuncture

« Les perturbations du Qi des cinq organes se manifestent par des signes différents : celles du Cœur par les éructations, celles du Poumon par la toux, celles du Foie par des paroles excessives, celles de la Rate par la déglutition et celles du Rein par les bâillements. » (Ling Shu, chapitre 78)

Sur le plan clinique, il conviendra d’inspecter à la palpation les zones d’anomalie et les différents schémas d’obstruction le long du Taiyin de la main. Une attention particulière pourra également être portée aux points Shu situés sur les côtés externes de la poitrine, conformément aux indications du Ling Shu (chapitre 20), ainsi qu’aux points Shu dorsaux, en particulier Feishu (V13).

Le Ling Shu précise à ce sujet :

« On appuie dessus et, dès que le patient ressent une sensation agréable, on puncture. On traite également au milieu des deux creux sus-claviculaires afin de dissiper le pervers. » (Ling Shu, chapitre 20)

En présence de douleurs thoraciques associées à la toux, la puncture de la région Lianquan (23 RM) peut être envisagée. Cette indication est confirmée au chapitre 75 :

Huangdi demanda : « Dans la toux avec remontée du souffle, corps recroquevillé et poitrine douloureuse, comment la traite-t-on ? » Qibo répondit : « On traite le point Lianquan (23 RM). » (Ling Shu, chapitre 75)

Un soin plus global, associant les signes recueillis lors de l’interrogatoire aux variations observées aux pouls radial et carotidien, permettra de compléter le travail de fond en agissant sur la régulation d’ensemble de la circulation des flux.


Conclusion


L’acupuncture et la médecine chinoise ouvrent des perspectives particulièrement fécondes quant à la manière d’aborder et d’accompagner les symptômes de la toux. Dans ce paradigme, la toux n’est jamais envisagée comme un symptôme isolé, mais comme l’expression d’un processus sous-jacent qu’il convient également d’identifier et de traiter.

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