Soulager l’endométriose par l’acupuncture : perspectives et pratiques
- Simon Richard
- 19 févr.
- 4 min de lecture

L'endométriose en quelques mots :
L’endométriose est une pathologie gynécologique chronique caractérisée par la présence, en dehors de la cavité utérine, d’un tissu semblable à l’endomètre.
Ces localisations peuvent concerner les ovaires, les ligaments pelviens et même des organes adjacents tels que le côlon ou la vessie.
Ce tissu dit « ectopique » (qui n'est pas à sa place habituelle) conserve une sensibilité hormonale au cycle menstruel. À l’instar de l’endomètre intra-utérin, il s’épaissit et peut saigner au moment des règles. Toutefois, situé en dehors de la cavité utérine, il ne dispose pas de voie d’évacuation physiologique. Il en résulte des phénomènes d’inflammation locale, parfois à l’origine de douleurs intenses, ainsi que la formation d’adhérences pouvant entraîner une fixation anormale des organes entre eux.
Cliniquement, l’endométriose se manifeste le plus souvent par des dysménorrhées importantes, des douleurs pelviennes chroniques, des douleurs lors des rapports, une fatigue marquée et même, dans certains cas, des difficultés de conception.
S’il s’agit techniquement d’une maladie bénigne, son impact fonctionnel et psychologique peut être considérable, altérant significativement la qualité de vie des personnes atteintes.
Pathologie complexe, dont les mécanismes exacts restent encore partiellement élucidés, l’endométriose appelle une prise en charge globale, individualisée et évolutive, tenant compte à la fois des manifestations cliniques et du terrain propre à chaque patiente.
Son explication en médecine chinoise :
Pour aborder l’endométriose du point de vue de la médecine chinoise, il est important de préciser qu’elle n’existe pas en tant que telle dans sa nosologie classique. On ne parle pas d’« endométriose », mais de tableaux correspondant à des catégories comme les masses abdominales (症瘕, Zheng Jia), les douleurs abdominales (腹痛) ou encore les dysménorrhées (痛经).
La médecine chinoise, développée à l’origine comme un système médical autonome et cohérent, possède sa propre grille de lecture. Elle utilise une terminologie et une logique physiopathologique différentes de celles de la médecine occidentale, qui a classifié les maladies selon d’autres critères anatomiques et biologiques.
En MTC, la causalité est envisagée de manière circulaire et dynamique. À ce titre, il est fréquent que plusieurs étiologies puissent concourir à un même tableau clinique.
Le plus important est de retenir que, si le processus pathologique peut émerger de différentes manières, il suit toujours une logique d’entrave à la circulation.
Dans de nombreux cas, tout peut commencer par une contrainte psycho-émotionnelle. Le Foie, organe responsable de la libre circulation du Qi et du Sang, se trouve alors perturbé, ce qui aboutit à une stagnation. Cette stagnation répétée dans le petit bassin crée progressivement un terrain propice à l’installation de facteurs pathogènes tels que le Froid ou l’Humidité, à la formation de masses et à l’apparition d’une douleur chronique.
Dans d’autres situations, le processus peut s’initier par l’invasion ou l’accumulation interne de Froid ou d’Humidité. Le Froid contracte, ralentit et fige ; l’Humidité alourdit et entrave. Ces facteurs pathogènes perturbent la circulation locale, ce qui finit par bloquer le Foie et freiner la dynamique du Qi et du Sang. Là encore, le Sang perd sa fluidité, s’accumule, puis se fixe.
Quelle que soit la porte d’entrée, psycho-émotionnelle, interne ou externe, le schéma final reste similaire : une entrave à la circulation du Qi et du Sang entraîne une stagnation. Celle-ci se densifie, se fixe et peut aboutir à la formation de masses. Avec le temps, la douleur devient plus profonde, plus persistante et plus difficile à mobiliser.
L’endométriose apparaît ainsi, selon cette lecture, comme l’expression d’un mouvement entravé qui s’est progressivement matérialisé, d’abord sous forme de stase, puis de masses accumulées ou d’adhérences fasciales.
Axes de traitements en pharmacopée chinoise :
Il existe de nombreux axes thérapeutiques en pharmacopée chinoise, ainsi qu’un nombre encore plus vaste de formules qu’il serait trop long de détailler ici.
Dans la majorité des cas, le traitement visera à éliminer l’Humidité, réchauffer l’utérus lorsque le Froid est présent et mobiliser la stase de Sang.
Parmi les formules majeures utilisées en Jing Fang dans ce type de tableau, on retrouve principalement : Wen Jing Tang, Gui Zhi Fu Ling Wan et Dang Gui Shao Yao San.
C’est la prédominance relative du Froid, de la stase de Sang ou de l’Humidité qui permettra au praticien d’affiner sa différenciation et d’orienter le choix de la formule la plus adaptée.
Stratégie d'accompagnement et de soin en acupuncture :
En acupuncture, avant même de « traiter la douleur », le soin vise avant tout à restaurer la dynamique circulatoire du Qi et du Sang, en agissant sur l’environnement tissulaire.
Dans ce cadre spécifique, l’examen s’appuie largement sur la palpation, ce qui inclut l’évaluation du pouls. Celui-ci renseigne sur l’état de tension et de mobilité sur le plan circulatoire.
L’examen palpatoire le long des différents vaisseaux d’acupuncture révèle fréquemment des zones de fixité, des indurations ou des territoires plus froids au toucher. Le traitement cherchera alors à mobiliser cette stagnation, à réchauffer si nécessaire et à rétablir une qualité pulsatile dans les tissus profonds. En présence d’Humidité et d’engorgement, les tissus peuvent sembler lourds, peu réactifs, comme englués ; le travail visera alors à alléger, drainer et redonner de la réactivité aux structures.
La palpation du Shaoyang, notamment le long de la bandelette ilio-tibiale, révèle souvent des adhérences ou des zones de tension fixée. Ces adhérences doivent être levées progressivement afin d’améliorer la dynamique circulatoire globale et de libérer l’axe pelvien, souvent impliqué dans les tableaux d’endométriose.
Dans cette perspective, chaque séance est guidée par la palpation : le pouls radial et carotidien oriente le choix des points, et la réponse tissulaire valide l’efficacité du soin. L’endométriose est ainsi comprise comme une perte progressive de mobilité circulatoire. Le rôle de l’acupuncture consiste à restituer ce mouvement, à redonner de la souplesse aux axes circulatoires et à restaurer une dynamique vivante dans le petit bassin.
À Bordeaux, que ce soit par l’acupuncture ou par la pharmacopée, l’endométriose constitue un motif de consultation fréquent en cabinet.


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